Ils avaient le torse en papier journal
Griffonné à l’encre de Chine et à la haine
Une géographie de l’échec tracée à l’aiguille de tailleur
Entre deux quintes de toux et un verre de gros bleu
C’est la bousille des types qui ne rentrent plus
Ceux qui ont le cuir qui craque sous le bleu de chauffe
Et qui portent sur le plexus, comme une médaille de boue
Le mot qui claque quand tout le reste s’effondre
Fatalitas.
C’est pas de l’art de salon, pas du vernis
C’est du piqué, du brut, du sang qui a séché trop vite
Un alphabet de lettres vides, creuses comme leurs poches
Une courbe sur l’estomac pour dire : « Voilà, c’est ainsi. »
Ils sont là, au comptoir, avec leurs mains de calfeutreurs
À regarder les mouches se noyer dans le fond du verre
Leur peau est une prison dont les murs racontent tout :
Les amours de passage, les casses foireux, le bagne qui attend
Ils ne demandent pas pardon, ils n’expliquent rien
Ils ont le plexus qui bat sous le lettrage imparfait
Une ligne de vie qui s’arrête là où le trait dérape
Un treizième sort jeté à la face du bon Dieu
C’est moche comme une gueule de bois le lundi matin
C’est beau comme un poème qu’on ne lira jamais
C’est écrit sur la viande, entre les côtes et l’oubli
C’était écrit d’avance :
Fatalitas_

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