I – L’Apparat du Maître

Le lit est un plateau
Blanc
Elle est au centre
À genoux
Nue

Le dos se cambre
L’attente est verticale
Les mains se posent
Sur les seins
Pour cacher, dit-elle
Mais on voit tout.
Elle sait y faire

La peau. Juste la peau
Elle accroche la lumière
Elle brille
C’est de la sueur, ou de l’or
L’or de l’excitation
On le sait
On le sent

Je m’avance
Lentement
C’est une marche militaire
Dans une chambre à coucher
À la main, la cravate
Blanche
Soie blanche

Je la passe
Autour de son cou
Un collier
Un nœud coulant
Pour l’habiller, je dis
C’est la seule chose qu’elle porte
L’habit du commandement

Pour la mener
La bride est lâche
Mais la direction est prise
Elle baisse la tête, demi-sourire
Elle promet d’entendre
Mes désirs
Les mots qu’on ne dit pas tout haut

Je feindrai
C’est du théâtre
Je feindrai de ne pas laisser le choix
La soumission consentie
C’est le plus beau des pièges
Le jeu des maîtres et des esclaves
Sur le plateau
Blanc_

II – Le Collier des Pauvres

Le lit est un naufrage de draps froissés
Elle est là, au milieu
À genoux sur le sommier qui grince
Nue comme elle sait faire
Mais avec cette façon bien à elle
De planquer ses seins derrière ses mains
Sans jamais vraiment les faire disparaître
C’est de l’art, ou de la ruse
Je ne sais pas

Le soleil tape sur les vitres sales, encore elles
Et sa peau brille d’excitation
Une sueur en gouttes fines, comme de la rosée
Sur une bombe à retardement
On sent l’électricité statique
On sent que ça va péter

J’avance
J’ai ma cravate blanche à la main
Un truc en soie bon marché
Le dernier vestige de ma dignité d’employé de bureau
Je m’approche d’elle, lentement
Je ne dis rien
À quoi bon parler ?

Je lui passe la cravate autour du cou
Un collier de fortune
Une bride improvisée
Elle baisse la tête, docile
C’est son costume pour la soirée
C’est ma façon de l’habiller
Avant de la mettre à poil complètement

Elle promet d’entendre mes désirs
Elle le dit avec ses yeux
Avec cette lueur de défi et de soumission mélangés
Elle sait ce que je veux
Elle sait que je vais feindre de ne pas lui laisser le choix
De la mener à la baguette
Comme un dompteur de foire

C’est du théâtre, bien sûr
Une comédie grasse et charnelle
On joue aux maîtres et aux esclaves
Dans cette chambre qui sent le tabac froid
Et le sexe désespéré
On fait semblant d’être dangereux
Pour oublier qu’on est juste deux paumés
Qui cherchent un peu de chaleur
Avant que le soleil ne se couche
Sur nos vies minuscules_

III – La Bride des Fauves

Le lit : un ring
Carré de draps
Froissés
Elle, au centre
Mains sur les seins
Feinte
Nue comme une lame
Sous la lumière sale
La peau bat
C’est du métal, plus de l’or
L’excitation cogne
Vite

Je m’avance
Marche de condamné
La cravate au poing
Blanche
Soie de pacotille
Dernier lambeau de parade

Le nœud coule
Demi-windsor
Acier autour du cou
« Pour t’habiller », je dis
Armure du désastre
Seule pièce au dossier

La bride est courte
Elle baisse les yeux
Consent
Promet d’entendre
Mes désirs de trottoir
Le bruit des corps
Chocs sourds
ImpactsJe feindrai
C’est la règle
Pas le choix
Fauves en cage de béton
On joue aux maîtres
On joue aux esclaves
On s’incendie
Vite
Avant que le jour
Ne nous dénonce_

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