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[s2e1] Le Sacrifice de l’Horloger

Il arrache les boutons d’argent
De son costume de ténèbres
Chaque éclat qui tombe au sol
Est un siècle de pouvoir qu’il abandonne
Il veut la morsure du froid
La peur que le cœur ne s’arrête
Il veut ce que les hommes appellent demain
Ce brouillard où rien n’est écrit
Il fixe l’aiguille de la pendule
L’oblige à reculer, à mordre le passé
Le salon tremble, se recompose
La poussière redevient chair
Le néant redevient courbe
Mais le prix est une plaie ouverte
Sa divinité s’écoule, s’échappe
En gouttes fines
Il n’est plus le Maître du pacte
Il est l’invité qui tremble
Il s’assoit dans l’ombre du rideau
Attend que le verre se remplisse à nouveau
Que le rosé retrouve sa buée
Il veut que Madame Papillon revienne
Non comme une proie, mais comme un juge
Il attend le « chant du goulot »
Mais cette fois, c’est son propre temps
Qui s’égraine, qui s’épuise
En gouttes fines
Elle apparaît enfin, là, devant la glace
Elle ne sait pas qu’il a tout brisé
Pour l’embrasser sans l’effacer
Elle cherche toujours le désastre
Dans le pli de son regard
Mais c’est lui, le Diable, qui le trouve
Dans le miroir, son visage s’est ridé
Il a enfin obtenu ce qu’il voulait
La grâce de pouvoir mourir
L’éphémère_

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[s2e2] La Métamorphose des Crocs

Elle le sent avant de le voir
Une faille dans l’air du salon
Une odeur de peur, de chair fraîche
Ce n’est plus le parfum du soufre
C’est l’arôme sucré de la défaite
Madame Papillon se lève
La coiffeuse n’est plus son refuge
C’est son piédestal
Elle voit l’homme dans l’ombre
Ses rides, sa main qui tremble
Elle devine le sacrifice
Et au lieu de la pitié
C’est une faim sauvage qui l’embrase
Elle ne veut plus danser
Elle veut dévorer ce dieu qui s’écroule
User de sa peau, abuser de ses restes
Ses doigts s’allongent, s’aiguisent
En gouttes fines
Le regret perle sur le front du déchu
Mais elle, elle rit d’un son nouveau
Un bruit de soie qu’on déchire
Elle s’approche, prédatrice superbe
L’animalité gronde sous la dentelle
Elle pose sa main sur son cœur à lui
Ce cœur qui bat pour la première fois
Et elle appuie, cruelle
Elle boit sa faiblesse comme un vin rare
Savourant chaque seconde de son agonie
La divinité se vide en lui
Elle se remplit en elle
En gouttes fines
Elle ne cherche plus sa propre lumière
Elle a trouvé celle d’un autre à éteindre
Le papillon a des griffes
Le pacte est consommé
Elle est la maîtresse du salon vide
Et lui, le jouet du temps
L’insatiable_

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[s2e3] L’Offrande des Abîmes

Le silence du salon se déchire
Sous le froissement de la soie abandonnée
Elle n’est plus Madame, elle est la Louve
Elle chevauche ce dieu aux genoux de terre
Dans l’obscurité qui lèche leurs hanches
Elle cherche la saignée, le souffle court
Sa bouche est une plaie de velours
Qui explore l’encolure de l’homme
Savourant l’effroi qui le parcourt
Elle boit ses derniers siècles à même la peau
Une extase qui se répand
En gouttes fines
Elle veut le sel de sa détresse
La moiteur de ce corps qui se découvre mortel
Elle guide sa main tremblante
Vers la courbe interdite, vers le secret du sang
Là où le magnétisme devient morsure
Ils s’emmêlent, s’écorchent, se défont
C’est une danse de draps et d’ombres
Où le plaisir a le goût du sacrilège
Elle réclame tout, la foudre et le soupir
Elle abuse de son agonie
Comme d’un amant de passage
Le Diable s’abandonne, foudroyé
Sous les coups de boutoir de cette grâce féroce
Son éternité s’achève entre ses cuisses
En gouttes fines
Le cri qu’ils poussent n’est pas humain
C’est le fracas du miroir qui explose
La fin d’un monde dans un frisson
Puis, elle se redresse, souveraine
Sur le corps épuisé de celui qui fut Roi
Elle essuie d’un geste lent
La trace de son triomphe au coin des lèvres
Elle possède l’ombre, elle possède le temps
L’absolue_

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