Aujourd’hui, j’ai pleuré sur ma propre mort et j’avais tort car la fin ne sera pas triste car une délivrance, une sortie de secours nécessaire parce qu’une fête n’est supportable que si l’on sait qu’on finira par se faire éjecter sur le trottoir par un videur qui sent la sueur et le mépris souverain, et imaginez un instant ce cauchemar absolu d’un bar sans horloge où le juke-box hurlerait la même soupe délavée pour l’éternité avec des types aux yeux vitreux vous postillonnant la même anecdote foireuse pendant des siècles sous un néon agonisant qui vous scalpe le cerveau, car au fond c’est la ligne d’arrivée imminente qui donne sa gueule au trajet et son prix au verre qu’on siffle.

On boit toujours plus vite quand on voit le cul de la bouteille et c’est exactement la même chose pour le reste du voyage : on aime avec les dents, on cogne pour de vrai et on écrit avec une rage de chien galeux parce qu’on aperçoit enfin la silhouette de l’Ankou qui fait les cent pas au bout de l’impasse, cette urgence de la cendre étant la seule chose capable de nous rendre brillants là où le reste n’est que de la figuration pour les types qui croient encore que l’ombre s’apprivoise avec des politesses.

La mort n’est pas le drame : le vrai drame c’est ce qui crève en silence à l’intérieur d’un homme alors qu’il commande une énième tournée sans goût, simplement parce qu’il a oublié, entre deux mensonges et trois regrets, que son nom est déjà griffonné en gras sur l’ardoise des départs_

Buko

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