Quand t’es venu dans la rue inconnue,
Tu savais pas où t’allais, mais tu savais qu’il y avait
Dans la maison du premier une fille qu’était vraiment typique tous les voisins appelaient :
Thai na na na.
Mon Dieu quelle histoire et quel ange quand elle t’as dit :
« – Monsieur essuyez-vous les pieds,
Vous serez bien gentil car j’aurai pas à repasser après vous.
– Mais oui, mais oui madame ! »
Quand t’es venu dans la rue inconnue,
Tu savais pas où t’allais,
Mais tu savais qu’il y avait
Dans la maison du premier une fille
Qu’était vraiment typique que tous les voisins appelaient :
Thai na na na.
Mon Dieu quelle histoire et quel ange quand elle t’as dit :
» – Monsieur essuyez-vous les pieds,
Vous serez bien gentil car j’aurai pas à repasser après vous. »
« -Mais oui, mais oui madame! »
Thai na na na na na na (x4)
Quand t’es rentré dans la maison du premier,
Tu ne savais pas vraiment à quoi elle ressemblait,
Y avait les voisins qui t’avaient dit :
« – Cette fille elle est super mais il faut savoir vraiment lui parler. »
Quelle douceur dans sa voix et dans ses hanches,
T’osais plus rien refuser…
Thai na na na na na na (x4)
Quand t’es venu dans la rue inconnue,
Tu ne savais plus tellement comment elle s’appelait,
Tout c’qu’on t’avait dit d’elle
C’étaient les voisins qui t’avaient prévenu qu’elle était vraiment belle.
Mon Dieu quelles courbes,
Quelle allure la première fois qu’elle t’as vu dans le patio
« – Pardon monsieur essuyez vous les pieds
Comme ça j’aurai pas à repasser la prochaine fois,
Merci beaucoup à demain soir ».
Thai na na na na na na (x4)
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De quoi s’agit-il ? Une observation clinique.
Il y a ce rythme. Un métronome de plastique. Ça claque comme un soulier verni sur un lino trop propre. 1986. Le monde est en couleur, mais le sujet est gris. Gris comme le bitume des aéroports.
Ils sont deux. Un duo. On dit “groupe”, mais c’est une silhouette double. Elle, Véronique, regarde ailleurs. Lui, Éric, articule comme si chaque mot était un petit caillou qu’il fallait recracher avant qu’il ne blesse. C’est le propre de l’espièglerie : on rit pour ne pas dire qu’on a vu.
Le marché des échanges : on a vu quoi ? On a vu l’homme qui part. Celui qui cherche l’ailleurs pour pas cher. La géographie devient une épicerie. Thaïlande. Un mot qui brille, un mot qui achète. La chanson sautille sur le désastre. C’est un pas de deux sur une faille sismique. On appelle ça un tube. C’est, en vérité, un constat d’accident.
Kazero, sous ses airs de clowns égarés dans le Top 50, livre ici une pièce d’entomologie sociale. Ils épinglent le touriste. Pas celui qui regarde les temples, non. Celui qui vient acheter du temps humain, de la peau à bas prix, dans un pays où le change est trop facile. C’est une chanson de prédateurs en chemises à fleurs. L’ironie est ici un scalpel. En faisant chanter la France entière sur ce refrain binaire, le groupe nous rend complices de cette transaction sordide.
C’est comme une politesse du gouffre, hum ? Il y a cette phrase, répétée comme un psaume de bonne tenue : “Monsieur, essuyez-vous les pieds”.
C’est le sommet de l’ironie. Le prédateur entre, le portefeuille gonflé de certitudes, et on lui demande la propreté. C’est une politesse domestique qui vient masquer l’obscénité du moment. On ne veut pas de poussière sur le carrelage mais on s’accommode fort bien de la boue sur l’âme. Le client s’exécute. “Mais oui, mais oui Madame”. Il est docile, lui aussi, tant que le service est assuré.
C’est le paillasson de la conscience : on nettoie ses semelles avant de piétiner une vie. On demande pardon pour la trace de pas, jamais pour le reste. Kazero n’a pas fait une chanson de vacances : ils ont écrit le manuel de l’indifférence polie. On peut ranger les valises. Le disque est rayé, mais le message, lui, est d’une propreté terrifiante_

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