C’est un livre. Un livre qui fait du bruit dans le silence de la bibliothèque. Ça s’appelle Batteuse !. Avec un point d’exclamation. C’est Swanny Elzingre qui l’a fait. Swanny. Un nom qui glisse pour une dame qui frappe.
Pour l’heure, il est 3h33 et je ne dors pas… plus.
Le dictionnaire, lui, ne comprend rien. Le dictionnaire est une vieille chose fatiguée. Il dit : “Batteuse : machine agricole à égrener les céréales”. On imagine la poussière, le blé, la campagne morne. Swanny sourit. Elle sait que la batterie aussi, c’est une affaire de grain. Mais un grain de son. Elle prend l’outil agricole et elle en fait un instrument de navigation. Pour aller voir ailleurs si le rythme y est.
Elle raconte l’histoire. L’histoire d’une femme qui s’assoit derrière des fûts. Ce n’est pas rien, s’asseoir. Il faut de la place. Il faut oser prendre l’espace, le bois et le métal. Elle parle de la « poussière d’étoiles ». Elle dit que les étoiles sont des tambours géants. Des grosses caisses qui vibrent dans le vide. On appelle ça le “Big Bang Boum”. C’est une idée qui reste. Une idée qui fixe le regard.
Manu Katché est là aussi. Il a écrit la préface. Il dit que Swanny traduit “l’intuition en intelligence”. C’est une belle phrase. Une phrase de quelqu’un qui sait que frapper, c’est d’abord penser. On ne cogne pas, on ponctue. On donne une “ossature au temps”. Sans elle, le temps s’écroule. Il devient flasque. Avec elle, il se tient debout. Il marche.
Elle se souvient de sa première batterie. Achetée deux cents francs dans une brocante. Une chose noire. Un point de départ. Elle ne connaissait pas le solfège. Elle connaissait l’instinct. L’autodidacte, c’est celui qui invente sa propre porte parce qu’on ne lui a pas donné les clés. Elle a voyagé. Le Japon avec Juniore. La scène avec La Femme. Des kilomètres de bitume pour quelques minutes de précision.
La critique dit que c’est “une traversée sensible”. On ne la contredira pas. Il y a de la sociologie là-dedans. De l’écologie, aussi. Le rapport au vivant. Le souffle. Elle écrit que “le silence est une note”. Il faut l’apprivoiser. Lui rendre sa parole. Bel effort.
C’est un éloge. L’éloge d’un instrument rock and roll. On y apprend qu’être une femme batteuse, c’est une conquête. Une affaire de timing. Un alignement de planètes.
On referme le livre. On regarde ses mains. On a envie de toucher le bois. On a envie de battre la mesure. Juste pour voir si le monde répond.
Il faut lire Swanny Elzingre parce que son récit est une boussole. Pour les femmes qui cherchent leur place derrière le vacarme. Pour les hommes qui veulent comprendre ce qui se joue dans le dos des guitares. Pour tous ceux qui pensent qu’un instrument n’est qu’un objet, alors que c’est un miroir.
C’est un livre qui répare. Il répare l’idée que l’art serait réservé aux savants. Il dit que l’instinct est une science. Il dit que la poussière de brocante peut devenir une voie lactée_

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