C’est le blanc
Le blanc qui s’installe
Une épaisseur de silence, une couche
Disons
Considérable
Il y avait ce projet
Une expédition, le sabotage
Le pneu, la fibre, le voisin
C’était prévu, c’était calé
C’était presque de l’ordre du devoir
Mais la météo est une autorité
Elle pose son veto de givre
Car il faudrait effacer
Effacer le passage
Brouiller la piste, la semelle, le geste
Et cela, voyez-vous
C’est une fatigue
C’est un labeur qui ne me sied guère
Alors on remet
On décale de quarante-huit heures
Le voisin conserve son air
Ses pneus gonflés
Sa connexion haut débit
On attend que la terre redevienne présentable
On attend que le noir revienne
On patiente dans le salon
Près du radiateur
C’est ainsi
_____
Quarante-huit heures
C’est un chiffre
C’est un délai qui s’étire dans le couloir
Je regarde la botte
La botte en caoutchouc
Est-elle assez lisse ?
Ne va-t-elle pas trahir la cambrure ?
Le voisin, lui, surfe
Il télécharge des données
Il utilise ses gigas, ses mégas
Toute cette lumière qui circule dans le fil
Ce fil que j’ai en tête
Dehors, le gel durcit la croûte
C’est une carapace
C’est une invitation à la glissade
Et la glissade, au moment de l’impact
Au moment du poinçon dans le flanc du pneu
Serait une faute de goût
On vérifie le tranchant
On vérifie la pince
On attend que le ciel se décide
À redevenir neutre
Encore une nuit
Peut-être deux
La vengeance est une denrée
Qui se conserve très bien au congélateur
_____
Le dégel est arrivé
Une bouillie brune sur le trottoir
C’est le moment
C’est l’heure du métal et du caoutchouc
Mais voilà l’homme
Le voisin
Il sort de chez lui, il a un bonnet
Un bonnet avec un pompon
Ce qui, entre nous, complique l’hostilité
Il me fait un signe
Un geste de la main, comme ça, de loin
Il dit : « Sacrée neige, n’est-ce pas ? »
Je réponds : « Effectivement. Une sacrée couche. »
Je sens la pince dans ma poche
Elle pèse
Elle a envie de mordre la fibre
Elle a soif de silence numérique
On se regarde
Il y a ce vide entre nous
Ce vide rempli de câbles souterrains
Je souris, je crois
Ou peut-être que je grimace
Je lui dis : « Bonne navigation. »
Il répond : « Bonne marche. »
L’expédition est en suspens
La fibre est sauve, pour l’instant
On rentre chez soi
On attend la prochaine averse_

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