C’est le Chili. C’est une terre qui ne sait pas quoi faire de ses morts. Il y a des filles, trois, qui marchent vers le Nord. Elles portent le froid dans leurs os, mais c’est le froid qui tremble. C’est curieux, non ? Que le froid tremble devant la jeunesse. C’est un titre comme un mantra, une phrase apprise dans un village de la Cordillère : même l’oppresseur finit par avoir peur.
Pour l’heure, il est 3h33 et je ne dors pas… plus.
Nicole Mersey Ortega écrit comme on plante des clous. C’est sec. C’est précis. Elle nous raconte la poussière, la violence qui traîne dans les coins, et ces corps qui cherchent une issue. On appelle ça un voyage. Moi, j’appelle ça une déposition. Une façon de dire : “Nous étions là, et nous n’avions pas l’intention de nous taire.”
Elle vient du théâtre, Nicole. Ça s’entend. Elle ne trouvait pas de rôles assez féroces sur les planches alors elle a fabriqué les siens sur le papier. Des rôles pour sa mère, pour sa grand-mère, pour toutes les tantes. C’est un livre qui ouvre des plaies anciennes pour voir ce qu’il y a dedans. Et ce qu’elle trouve, elle l’écrit en français, mais avec un cœur chilien. C’est une langue hybride, une langue qui a traversé l’océan mais qui garde la terre des favelas sous les ongles.
D’ailleurs, il faut l’entendre. Si vous en avez l’occasion, écoutez-la lire son propre texte. C’est une expérience, une vraie. Sa voix de comédienne redonne aux mots leur armature et leur souffle. Le livre audio devient alors autre chose : une présence, une respiration qui vous loge une balle dans le silence.
On parle de punk. Peut-être. C’est surtout une question de rythme. Ça cogne là où le bât blesse, là où la dictature a laissé des trous dans la mémoire. Certains diront que c’est cru. Que c’est trop. Mais la vérité n’est jamais polie, n’est-ce pas ? Elle arrive sans prévenir, brute, sauvage. Comme l’autrice elle-même, qui a grandi là-bas, dans ces quartiers où l’on apprend à monter sur scène pour ne pas tomber tout court.
C’est un livre qui ne s’excuse pas. Il est là. Il attend qu’on le lise, ou qu’on s’en détourne. Mais si on y entre, on ressort avec un peu de sable dans les poches et le cœur qui bat un peu plus fort. Un peu plus vite.
C’est une affaire de dignité. Tout simplement_


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