La pièce est close
L’air est une masse solide
À l’écran, c’est la foire aux âmes
Le damier des solitudes tarifée
Il fait défiler les corps
Encore
Encore un peu, non
Encore et Encore
L’œil s’use sur les vignettes
Une dérive de pixels en bouquets
Il en a voit des centaines
Des dizaines sont familières
Des chambres d’hôtel
Des salons de banlieue
Une tapisserie de peaux dénuées de nom
Il ne s’arrête pas
Il attend que le hasard se fatigue
Il cherche le défaut dans la trame
Une marque de soda sur la table
Un accent qui traîne sur une voyelle
L’instinct ne demande pas de preuves
Il reconnaîtra le grain de la ville
Vient enfin le temps du tri
L’étudiante s’efface. Clic
La femme en rouge s’éteint. Clic
Il congédie les ombres
Il émonde son jardin numérique
C’est une exécution par la croix. Clic
Il ne reste qu’elle
L’unique élue dans le bleu du néon
Il caresse le métal froid du rasoir
Cliché très satisfaisant
Puis il ferme le dernier onglet
Il ne reste qu’elle
Cela prendra des jours
Peut-être des mois de veille
L’attente lui est douce
Il aime la lenteur du siège
Le temps qui s’étire comme une peau
Peu lui importe d’être le premier homme
Il veut et sera son dernier_

Laisser un commentaire