On s’approche. On regarde. Il y a là une femme, une certaine Salomé. Elle dit : “Je suis à eux”. C’est une phrase qui tombe. Qui ne rebondit pas. On écoute le bruit que ça fait, dans le silence d’un salon trop grand, quelque part entre les murs de la haute bourgeoisie.

Pour l’heure, il est 3h33 et je ne dors pas… plus.

C’est le livre de Chloé Saffy. Ça s’appelle La Vocation. C’est un titre précis. Comme un rendez-vous.

Il y a le travail, le jour. La fonction, la place, le job, la ville. Et puis il y a ce récit qui arrive par les ondes, par les écrans. Une proposition de servitude. On pourrait dire : une folie. On pourrait dire : une erreur. Mais Saffy ne dit rien de tout cela. Elle regarde la mécanique. Les rouages. Le consentement qui s’étire comme un muscle que l’on force.

Sur l’écran, Salomé ne lève jamais les yeux. Jamais. C’est un détail, mais c’est le détail. Sur chaque image, le regard est baissé. C’est un refus. Ou c’est une offrande. On ne sait pas. La webcam reste éteinte. Le visage est un secret. On a juste la voix, le texte, le signal. Un fantôme numérique qui parle de chair et de finance depuis les tours de La Défense.

Et puis, il y a le son. Dans le casque, pour Audible. La voix de Clara Ponsot. Elle est là, dans l’oreille. Elle ne joue pas, elle habite. Elle a ce ton qui ne tremble pas, cette neutralité qui glace et qui fascine à la fois. C’est une performance de l’absence. Une performance du retrait. Elle devient le timbre de celle qui s’efface. C’est un tour de force. On écoute et on oublie qu’on écoute.

Saffy écoute aussi. Elle devient le réceptacle. C’est aussi cela, la vocation. Être celle qui ne juge pas. Celle qui reçoit le récit inaudible, le récit que personne ne veut loger chez soi.

C’est l’histoire d’un don. Un don total. Sans reste. On se demande : qu’est-ce qu’il reste, quand on a tout donné ? Il reste le texte. Beau comme un marbre froid.

C’est une enquête sans inspecteur. Une descente sans escalier. On en ressort un peu moins sûr de ce qu’est la liberté. C’est déjà beaucoup. C’est même l’essentiel.

On referme. On pose le livre. On marche. C’est une affaire de corps. C’est une affaire de cœur. C’est une affaire !  On y pense et repense. On y retourne_

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