Le métal se tait
Le givre est un tapis de verre
Elle avance
Pas de talon
Pas de choc
Le manteau coupe l’air
C’est une ombre qui glisse sur l’acier

Elle est la seule verticale
Le reste est mort, ou fixe
Sous la peau, ça cogne
Le fer, la résine
Le sang qui pousse

Confronter l’hiver
L’œil d’un prédateur
Sur une proie immobile
Le silence est une lame
Bien droite

La porte claque
Le feu dévore les bûches
L’odeur du fauve et de la fumée
Le mari, le chat : des meubles
Ils ne savent rien
Gin givré, lui, sait

Elle sort le carnet
Son simili cuir résonne à froid
L’encre est une morsure
Elle n’écrit pas, elle assemble
Chaque phrase est un rivet
Chaque mot, une poutrelle de fonte

Elle bâtit le choc
Elle charpente le désir
La plume griffe
Elle transpose la carcasse du pont
Dans le ventre ouvert du papier

Le fer est devenu chair
Le pont traverse la page
Le carnet saigne
C’est ça qu’elle fait_

[photo offerte par Chloé Saffy]

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