Écoute-moi bien, crapule !
Ici, c’est l’étage noble
Une chambre sans loyer offerte par la mousse
On est venu pour la trêve minérale
Ce grand silence vert qui te cogne l’épaule et te dit : « Tiens bon. »
C’est la perfusion lente des ions, ces chuchoteurs électriques
Qui te décapent le câblage et te rendent l’âme
Que t’aurais dû avoir avant de tout rater
Mais voilà l’Humain
Ce parasite bruyant
Tu le vois débarquer avec son surplus de décibels
Ce tapage de guinguette jeté sur le velours des bois
Ça rit faux, ça dérange la bête
Si occupée à être juste bête, sans effort de prestance
Ils brisent le rythme
Le balancier
Le voisin de sentier veut éponger ses névroses
Pas subir ton vacarme de cage d’escalier
C’est une affaire de politesse minimale :
Si t’as pas ça dans le sang, t’es une verrue sur le paysage
Tais-toi, nom de Dieu !
Chuchote, comme si tu craignais le fisc
Et la clope, putain
Cet appendice de l’échec
La cigarette en forêt, c’est l’incendie sur pied
On connaît la chanson, le risque, la grande flamme…
Mais moi, c’est l’offense au nez qui me donne des envies de meurtre
Tu craches tes goudrons sur le petrichor
Tu tues la sève amère pour le goût d’un filtre sale
T’éteins la lumière olfactive
C’est ton choix ?
Bien
Va crever ailleurs !
Même tes lunettes de soleil, c’est une insulte
Tu te blindes contre le vrai, contre l’or qui filtre
Ces jaunes d’automne qui te giflent de vérité
Tu les rends mats, ternes, anonymes
Le filtre, c’est la paresse de l’œil, le refus du vertige
Tu viens chercher la paix et tu refuses la splendeur
Ça manque de panache, mon vieux
Le contrat est simple, sans clause abusive :
Laisse ta gueule à la maison, ton briquet et tes vitres fumées
Viens pour les ions, le petrichor et le grand vide
Laisse la forêt te donner sa mélancolie vaste
Si tu la salis, si tu la casses…
Sache que la nature a la mémoire longue
Reste au comptoir, si tu préfères
L’ombre y est plus complice de ton désastre_

Laisser un commentaire