Il y a ce titre. Un ordre. Un verbe au présent qui ne demande pas la permission. AVALE. On regarde la couverture et on comprend que le voyage sera organique. On n’y coupera pas. Pour l’heure, il est 3h33 et je ne dors pas… plus.

Séphora Pondi : on la connaissait sur les planches, sous les ors de la Comédie-Française, prêtant son souffle à Médée, par exemple. La voici qui s’empare de la page. Elle a écrit cela dans l’urgence, entre deux actes, dans la pénombre des loges. Ça s’entend. Ça se sent. C’est une écriture qui ne s’assoit pas.

Tout commence par une peau qui ne supporte plus. Une crise d’eczéma, une séance d’hypnose. Le corps de l’autrice, Séphora Pondi, sature. Alors elle remonte le fil. Elle cherche l’origine de la brûlure. C’est une mise en scène de soi, une autofiction où le « je » devient une arme. L’actrice se dédouble pour mieux se regarder.

Il y a Lame. Son miroir. On sent le terrain connu, l’angoisse de celle qui réussit sous les ors de la Comédie-Française, mais qui s’asphyxie. Elle subit la violence invisible des réseaux sociaux, cette traque numérique où les hommes s’approprient son image. C’est une intrusion constante, une dépossession de soi qui finit par ronger l’esprit. La retranscription de cette angoisse des femmes face à la meute digitale est juste, révoltante, viscérale. Elle ne raconte pas seulement sa vie, elle raconte ses symptômes face à un monde masculin qui veut la dévorer.

Et il y a Tom. Lui, c’est l’inverse. C’est le vide. Le rejet banal qui pousse vers l’abject. On cherche une explication psychologique, mais il n’y en a pas. C’est là que c’est inquiétant : le mal qui surgit du rien, une trajectoire qui naît d’une vie trop ordinaire, comme pour rappeler que l’horreur n’a pas toujours besoin d’un terreau d’exception.

La presse s’enflamme, et pour une fois, on comprend pourquoi. Les Inrockuptibles, France Culture… tout le monde s’accorde. Mais le plus troublant reste la voix. Pour ceux qui choisiront Audiolib, c’est l’autrice qui vous parle. Elle ne lit pas. Elle incarne. Elle donne à ses mots la chair qu’ils réclament.

C’est un premier roman qui n’a pas peur de la brutalité. C’est précis. C’est sec. C’est flamboyant. On y croise agréablement plusieurs punchlines qui pourraient être des idées de départ d’autres romans. Mais restons focus !

Il faut y aller. Il faut ouvrir le livre. Ou simplement fermer les yeux. Et laisser la voix faire le reste. C’est une langue crue. Organique. Un récit dont on connaît la fin, mais dont on veut comprendre le basculement. Une plongée en surface qui, paradoxalement, nous laisse un goût de vertige.

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