[s1e1] Dansons

Le verre est là
Rosé, posé
Sur le bois de la coiffeuse
Il transpire, le verre
Fraîcheur en gouttes fines
Un aveu d’envieElle se mire, Madame Papillon
Elle cherche le désastre
Les ans qui s’empilent autour du regard
Mais elle ignore sa propre lumière
Ce sex-appeal rare
Ce magnétisme sourd
Logé dans le pli d’un sourire
Dans l’évidence des courbes
Une géographie qui ne s’efface pas
Derrière, l’ombre bouge
C’est lui
Le Diable en costume sombre
Il ne veut pas de son âme
C’est trop commun, l’âme
Il veut ce magnétisme
Cette façon d’être intemporelle
De traverser les siècles sans une égratignure
Il verse le vin
Le chant du goulot
Précis
Fraîcheur en gouttes fines
Encore
Un pacte à l’envers
« Regardez mieux, Madame Papillon », dit-il
Il lui tend un autre miroir, différent
Où l’on ne compte plus
Où l’on est, simplement
Il lui parle de ses automnes
Comme de victoires évidentes
Il célèbre la ligne de sa hanche
L’éclat d’une lèvre qui s’entrouvre
Une beauté qui se moque des horloges
Puis il pose la bouteille
Il offre sa main
Elle délaisse le reflet
L’image fixe
Elle quitte la coiffeuse
Ils s’avancent
Dans le salon vide
Un pas, deux pas
Ils esquissent, non, dansent
Oublient la montre
Oublient la chute
Ils habitent le rythme
Moiteur en gouttes fines
Enfin
La chaleur des paumes
Les voilà redoutables
Qui lâchent prise
Un instant voire deux
Incurables_

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[s1e2] Une ivresse suspendue

Le Diable a refermé la porte
Sans un bruit de serrure
Sur la coiffeuse, le verre est vide
Mais le bois est marqué d’un cercle
Une brûlure ronde
Comme un soleil noir
Madame Papillon s’approche
Elle veut toucher son propre reflet
Vérifier l’éclat de sa lèvre
L’évidence de sa hanche
Mais sa main traverse l’argenture
Sans résistance
Sans fracas
Elle s’effiloche, Madame Papillon
Sa peau devient poussière d’étoile
En gouttes fines
Elle s’éparpille dans la chambre
Chaque pore de sa peau
Libère ce magnétisme tant convoité
Ce n’est plus une femme
C’est une buée d’or
Un souvenir qui refuse de s’éteindre
L’horloge sur le mur
S’est figée dans un spasme
Le temps ne coule plus
Il s’évapore
En gouttes fines
Dans l’angle du miroir
Le Diable sourit encore
Il ne possède pas son âme
Il possède son absence
Une beauté devenue climat
Une présence qui ne pèse plus
Rien qu’une ivresse suspendue
Éternelle_

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[s1e3] L’invincible

Il regarde le vide qu’elle laisse
Ce sillage de nacre dans l’air sombre
Le Diable ne rit pas 
Il n’a pas le triomphe gras des parvenus
Il ramasse le gant qu’elle a oublié
Le porte à ses lèvres
Cherchant encore l’odeur du séisme
Ce magnétisme qui lui échappe
Même à lui, le Prince des Abîmes
Il est déçu de sa propre victoire
Elle s’est dissoute trop vite
En gouttes fines
Il voulait la garder dans la paume
Sentir cette géographie de chair
Lutter contre l’évidence de sa lumière
Il redresse le col de son costume
L’éternité lui pèse soudain
Comme une armure de plomb
“Revenez, Madame Papillon”
Murmure-t-il au miroir muet
Il ne veut pas d’un fantôme
Il veut la résistance du vivant
L’étincelle de celle qui sait qu’elle va mourir
Alors il souffle sur les cendres du temps
Il veut rembobiner le fil
Le sang qui perle au coin de ses yeux
Tombe sur le tapis
En gouttes fines
Rouge sur noir
Un nouveau pacte, pour lui seul cette fois
Renoncer à sa toute-puissance
Pour redevenir l’homme du salon vide
Et sentir, une fois encore
Le poids d’une main
Le risque d’un adieu
L’invincible_

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