Regarde-les, dans le métro, le bus, au comptoir, en traversant la rue, même aux chiottes, surtout aux chiottes : ils swipent sur les réseaux sociaux comme s’ils léchaient l’Évangile sur un timbre électronique en 5G. Un petit coup de pouce vers le haut, un petit shoot de dopamine, et hop, l’opinion est servie, pré-mâchée, prête à être régurgitée.

C’est le grand libre-service de l’illusion. Ils croient qu’ils « s’informent », qu’ils « connectent », qu’ils sont « sur le coup », du coup. Mon cul, ouais ! Ils sont juste en train de se faire gaver par un algorithme qui les connaît mieux que leur propre mère et qui leur donne exactement ce qu’ils veulent entendre pour ne surtout pas qu’ils se réveillent.

L’esprit critique dans ce bordel ? C’est comme essayer de trouver une rose dans un compacteur de déchets. Le swipe, c’est l’anesthésie. Tu ne réfléchis plus, tu consommes. Tu ne juges plus, tu valides ou tu ignores. Le timbre électronique, c’est le goût du néant. Ça a l’air sucré, ça brille, ça fait plaisir mais ça ne nourrit personne. Ça te laisse juste avec une dalle d’enfer et l’impression d’être passé à côté de ta propre vie pendant que tu regardais celle des autres, passée au filtre de la triche, de la frime.

Et toi, là ? Ouais, toi qui me lis avec ton petit air supérieur, tu te crois hors du coup ? Tu bois mes paroles comme si c’était du nectar de vérité parce que ça flatte ton ego de rebelle de salon. Mais réveille-toi, gamin ! Pourquoi tu me crois, moi ? Parce que j’ai une voix qui gueule plus fort ? T’as vérifié mes sources ? T’as checké ma crédibilité ?

Je pourrais être un bot programmé par une multinationale pour te vendre du « penser différemment » tout en te gardant bien sagement devant ton écran. La vérité, c’est que si tu bois mes mots sans recul, tu es juste en train de changer de berger, mais tu restes un mouton. L’esprit critique, c’est aussi de m’envoyer chier si ce que je dis ne colle pas à la réalité que tu palpes de tes propres mains. Ne me crois pas sur parole. Ne crois personne. Surtout pas ceux qui prétendent te dire comment réfléchir !

Et puis, soyons francs, ça me fout la trouille. Parfois, je sens mes doigts qui tremblent quand je ne trouve plus mon téléphone. M’assoir sur le trône de chiottes et réaliser que mon smartphone est resté sur la table avec les clés, ça me fout le seum. Je m’insulte, non pire : j’insulte le phone. Pourquoi ? Parce que le silence est devenu insupportable. Parce que regarder le mur pendant une plombe, c’est voir tous ses échecs défiler en cinémascope. Et si t’as le bonheur de repenser à un succès, tu crèves de suite d’envie d’aller le clamer sur Instagram.

Alors je craque. Je lèche le timbre moi aussi. Je me perds dans des vidéos de merde ou des polémiques de comptoir pour ne plus entendre le vide qui hurle à l’intérieur. Je critique le troupeau, mais je suis là, à la barrière, à espérer une notification, un signe de vie, une petite caresse électronique pour me prouver que je n’ai pas encore disparu. C’est ça la vraie misère : savoir qu’on se fait bouffer et continuer à ouvrir la bouche parce que la faim de “rien” est devenue plus forte que la faim de “vrai”.

Faire preuve d’esprit critique aujourd’hui, c’est avant tout avoir le cran de poser ce putain de téléphone. C’est accepter de s’emmerder, de regarder le mur, de laisser la pensée remonter comme une remontée d’acide, désagréable et vraie. Si tu ne peux pas passer une heure sans ton timbre électronique pour savoir quoi penser, alors tu n’as pas d’esprit critique. Tu as juste une laisse invisible.

Le monde est moche, gamin, mais au moins il est réel. L’écran, lui, il te ment avec le sourire d’une pute qui en veut à ton fric et à ton temps de cerveau disponible.

Alors, on continue de gratter sous le vernis de cette époque connectée ou tu as besoin d’aller vérifier tes notifications pour voir si tu es encore vivant ?

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