Les prémices

Il est des hommes qui naissent avec le son sous l’ongle, porteurs d’une dissonance essentielle. Robert William Gary Moore, natif de Belfast en 1952, n’était pas un simple guitariste, mais l’incarnation d’un cri insulaire passé au filtre de l’électricité. Longtemps, il a cherché sa juste fréquence, celle où l’élégance du trait se fracasse contre l’urgence du propos.

Son apprentissage fut celui des vestiaires moites et des amplis cabossés. Chez Skid Row (mais pas le Skid Row que vous imaginez), d’abord, trio Blues-Rock de Dublin. On sent déjà l’impatience d’un instrument qui n’attend que d’hurler. Puis, l’apprentissage noble, l’ascèse dans le creuset de Thin Lizzy, aux côtés du poète maudit, Phil Lynott. La guitare de Moore, tantôt fidèle écuyer, tantôt flèche acide, donnait corps aux ballades et du venin aux hymnes. Leur chef-d’œuvre commun, « Parisienne Walkways », fut la première pierre de sa cathédrale sonore : un lamento nocturne, une ligne mélodique que le vibrato, déjà, portait au bord de l’extinction. Le Hard Rock n’était alors qu’une étape nécessaire, un passage obligé pour durcir l’archet et sculpter le son qu’il porterait.

Permettez l’aparté : vous avez dit “Greeny” ? C’est dans cette période précoce qu’il acquiert sa célèbre Gibson Les Paul de 1959, l’ancienne guitare de Peter Green (Fleetwood Mac). Cet instrument, surnommé « Greeny » et atypique en raison de son micro manche inversé créant une sonorité unique, deviendra son fétiche et son ancre. Moore a raconté avoir acheté cette guitare mythique à Peter Green, en pleine crise personnelle, pour une somme dérisoire (quelques centaines de livres), sur la seule base du remboursement de l’achat initial. Posséder cette guitare, c’était hériter d’une lignée, d’une certaine manière de concevoir le blues : épuré, plaintif, mais toujours noble. Plus tard, Moore a d’ailleurs révélé que le solo magistral de « Parisienne Walkways » avait été intentionnellement ralenti en studio pour amplifier cette qualité plaintive et étirer à l’extrême les bends. Il est fascinant de noter que cette guitare continue de vivre aujourd’hui : après la mort de Gary, elle a été rachetée par Kirk Hammett (Metallica) pour environ 2 millions de dollars. Hammett continue de la faire sonner – avec plus ou moins de brio – sur les plus grandes scènes du monde, perpétuant la lignée de ce bois sacré.

L’expérience G-Force (1979-1980)

Après l’ivresse et les déchirements de Thin Lizzy, Gary Moore s’exile à Los Angeles. Il y fonde G-Force, un groupe éphémère qui ne sortira qu’un seul album éponyme en 1980. C’est un disque charnière, un pont suspendu entre le rock des années 70 et la débauche de vitesse qui allait définir la décennie suivante.

G-Force, c’est Gary Moore qui répond à l’émergence de la scène « shred » californienne (avec l’ombre d’Eddie Van Halen qui plane sur Sunset Strip). Mais là où les autres misent sur la légèreté, Moore apporte sa densité européenne. L’instrumental « White Knuckles » reste le témoignage brûlant de cette époque : une démonstration de force brute, une cascade de notes où la précision chirurgicale n’étouffe jamais la rage.

Le projet fera long feu, miné par des problèmes de management et des tensions internes, mais il aura permis à Gary de s’affranchir définitivement. G-Force a été le laboratoire où il a testé les limites de sa propre endurance physique avant d’entamer son épopée solo.

Le Hard Rock

Dans les années 80, Moore se lance dans une croisade personnelle. Le Hard Rock bat son plein, et il s’y taille une place au marteau-pilon. C’est l’époque des têtes d’ampli Marshall empilées, du Heavy Metal mélodique, où le virtuose en lui cherche à dépasser les limites de la vélocité. Des albums comme Victims of the Future ou Run for Cover témoignent d’une technique parvenue à son sommet, celle du shredder capable de tisser des tapis d’arpèges foudroyants.

Permettez l’aparté : il est impossible d’évoquer l’image publique de Gary Moore, notamment durant sa période Hard Rock, sans mentionner la cicatrice qui marquait son visage, courant de la bouche jusqu’à la mâchoire. Cette blessure, loin d’être un accessoire de rock’n’roll, fut le résultat d’un grave accident de la route (impliquant sa voiture) survenu au début de sa carrière solo. Cette fêlure physique devint le reflet visible de la violence et de l’intensité qui animaient son jeu. Elle conférait à son expression scénique une gravité et une rudesse supplémentaires, comme si le destin avait gravé sur lui le prix à payer pour l’émotion brute qu’il extirpait de sa guitare. Si la version officielle a longtemps oscillé, la rumeur – souvent confirmée par ses proches – raconte que cette marque indélébile ne venait pas d’un accident de la route, mais d’une violente bagarre de bar à Belfast à la fin des années 70. Gary aurait pris la défense de sa petite amie de l’époque, et l’altercation se serait terminée par un éclat de verre de pinte ou une bouteille brisée en plein visage. Gary Moore n’était pas un esthète de salon : il portait sur lui les stigmates de la vie réelle, celle qui cogne et qui déchire.

Mais c’est avec Wild Frontier (1987) que l’alchimie opère une première fois. Il y intègre la mélancolie des influences celtiques, le vent froid de ses origines, dans la forge du rock le plus lourd. Le résultat ? Une musique à la fois épique et terrienne. La Gibson, si souvent associée à la virilité rock, devient le porte-voix d’une histoire ancienne. On y entend l’Irlande, ses mythes, son chagrin, mais le tout est déversé avec la puissance d’une crue électrique.

Permettez encore l’aparté : si cette période lui apporte la gloire et des succès commerciaux majeurs (notamment au Japon et en Europe), il est souvent isolé par la critique qui tend à ne voir que la virtuosité. Le décès tragique de Phil Lynott en 1986 fut pour Moore un coup de massue, une perte de son double artistique. Leur dernière collaboration, le titre « Out in the Fields », a pris une dimension tragique. Moore a toujours porté le poids de cette perte, sentant qu’il n’avait pas pu sauver son ami. Paradoxalement, cette douleur s’est invitée dans sa musique. Par ailleurs, on raconte que, plus tôt, il avait eu une confrontation tendue avec Ritchie Blackmore (Deep Purple), ce dernier allant jusqu’à lui tirer dessus à l’arbalète sur un poster le représentant, illustrant la rivalité farouche de l’époque entre guitar heroes.

Le retour nécessaire

Et puis vint 1990. Après avoir tutoyé les cimes du Metal, Gary Moore fait le geste le plus radical, le plus sincère. Le reniement du Hard Rock pour le Blues, sa langue maternelle.

Still Got the Blues, cet album, n’est pas une simple reconversion ; c’est un acte de foi, un retour à la source vitale. Le monde s’attendait à la continuité de la foudre, il reçut la pluie battante.

Ce qui frappe alors, c’est l’alchimie inédite qu’il réalise : il prend le feeling viscéral d’un Peter Green et le volume écrasant d’un Jeff Beck, et y injecte la vélocité d’un virtuose du Metal.

Le résultat est un son unique, souvent copié, jamais égalé : un Hard Blues où le solo de guitare n’est plus une démonstration de force, mais une lamentation lyrique. Le bend devient un sanglot, le vibrato une prière.

La chanson titre, « Still Got the Blues (for You) », est à cet égard un monument d’expression pure. Chaque note est étirée jusqu’à la rupture, chargée d’une densité émotionnelle qui démantèle toute froideur technique. Il parvient à concilier le feu du shredder avec la sagesse du bluesman, remplissant ce vide stylistique que personne n’avait osé combler.

Pour sceller ce retour, Moore s’entoure des plus grands. Des collaborations avec Albert King et Albert Collins non seulement légitiment sa démarche, mais prouvent que les vétérans reconnaissent l’authenticité de son cœur. L’album devient un succès planétaire retentissant. Anecdote : par la suite, Moore a tenté, lors d’une tournée, de jouer un set entièrement en son « clean » pour plaire aux puristes, mais il s’est senti mal à l’aise, et le public a été déçu. Il a vite compris que sa vérité résidait dans l’intensité saturée de son Hard Blues.

Des pognes de bûcheron pour un vibrato lyrique

Si la musique de Moore touche si profondément, c’est que l’émotion est arrachée à l’instrument par une force presque brutale. C’est la signature de sa technique, une dualité fascinante :

  • Le jeu blues exigeant souvent des bends (tirés de cordes) très larges, cela nécessitait une force monumentale dans les doigts. Là où d’autres guitaristes recherchaient le confort ou la rapidité avec des cordes fines, Moore recherchait la tension pour la matière du son.
  • Ces « pognes de bûcheron » n’étaient pas là pour la finesse académique. Elles étaient là pour placer l’âme dans le bois. Chaque note était attaquée avec une conviction physique qui, paradoxalement, décuplait le feeling. La sensibilité n’était pas dans la douceur, mais dans l’intensité de la pression.
  • Ce contraste culmine dans son vibrato légendaire. Massif, large et lent, il était exécuté avec toute la paume de la main, et non pas seulement du poignet. Il donnait à chaque note tenue l’impression d’être déchirée de l’intérieur, un hurlement vibrant qui le rendait immédiatement reconnaissable. C’est le point de rencontre entre sa technique de shredder et son cœur de bluesman : un vibrato de puissance mis au service de la plus grande des mélancolies.

Le matériel de légende

Un son aussi singulier que celui de Gary Moore ne peut s’expliquer sans ses complices de bois et de métal. Ses instruments n’étaient pas de simples outils, mais des extensions directes de son âme, façonnées pour la tristesse et la foudre.

  • Les Gibson Les Paul : Bien que « Greeny » (la Les Paul 1959 de Peter Green) ait une place à part, Moore a été l’un des ambassadeurs les plus convaincants de cette guitare, prouvant qu’elle pouvait être aussi féroce que chaleureuse. Son choix se portait souvent sur des modèles des années 50, recherchant la densité et la résonance du bois ancien. Et puis il y a celle-là. La “Stripe”. Une Les Paul de 1959 encore, mais une affaire personnelle. Un bois plus rouge, des veines plus marquées. On la voit sur la pochette de Still Got the Blues. Elle est là, entre ses mains, comme une évidence. Si Greeny était le passé, Stripe est le présent de l’homme. Un son moins singulier, peut-être, mais plus dense. Un son qui ne s’excuse pas. C’est avec elle qu’il a creusé le sillon de 1990. Moins de mystère, plus de muscles. Le bois est flammé, strié, d’où le nom. On imagine Moore dans la pénombre, choisissant ce corps-là plutôt qu’un autre. Un choix de grain. Un choix de poids. Sur scène, elle ne le quittait pas. Elle portait la sueur, les chocs, et ce sustain qui s’étire jusqu’à ce que la salle ne soit plus qu’un seul souffle retenu. Une guitare de service, au sens noble. Le service de la foudre.
  • La Stratocaster Rouge : dans les années 80, pour certains titres plus Heavy et pour varier les textures, il utilisait une Fender Stratocaster de couleur rouge (vraisemblablement de 1961). Ce contraste offrait un son plus claquant, plus incisif, tranchant mieux dans le mix Hard Rock. L’usage ponctuel de la Fender donnait une respiration au son Les Paul, même si c’est la Gibson qui restait sa voix.
  • Les Amplificateurs Marshall : La puissance est restée constante. Gary Moore était un fidèle de Marshall. Il utilisait typiquement des têtes JCM800 et, plus tard, des JCM900 pour leur headroom et leur capacité à délivrer cette distorsion épaisse, riche en harmoniques, signature de son Hard Rock. Même dans la période Blues, il conservait la pêche de Marshall, utilisant des modèles Vintage Modern ou des Bluesbreaker pour des sons plus ronds, tout en conservant un volume scénique imposant.
  • La Pédale d’Overdrive/Booster : Pour atteindre ce sustain infini et ce gain qui faisait pleurer ses notes, Moore a souvent utilisé des pédales comme la Ibanez Tube Screamer (TS9 ou TS808), non pas pour une grosse distorsion, mais pour pousser l’étage de préamplification de ses Marshall dans ses derniers retranchements. Ce boost permettait d’obtenir ce fameux son à la fois saturé et articulé, où la technique du shred pouvait s’exprimer sans écraser le feeling.
  • La Parenthèse Ibanez : peu de gens s’en souviennent, mais dans la fureur des années 80, Gary a eu son propre modèle signature chez Ibanez, la Roadstar II (RS1000). C’était une guitare taillée pour le Hard Rock, avec une tête assortie au corps et un vibrato performant, témoignant de son statut d’icône pour les constructeurs japonais avant qu’il ne revienne définitivement à l’authenticité de Gibson.

Ce matériel, manié avec une rage et une précision rares, était l’arsenal d’un homme qui cherchait la vérité sonore, qu’elle passe par un murmure de Blues ou par un rugissement de Metal.

La vente aux enchères de 2016

Cinq ans après sa mort, le « sanctuaire » de Gary Moore a été ouvert au public. Le 29 juin 2016, chez Bonhams à Londres, son matériel a été dispersé :

  • 35 guitares et de nombreux amplis ont totalisé plus de 400 000 £.
  • Les acheteurs ont été frappés par l’état d’usure des instruments : le vernis des manches était souvent mangé par la sueur et la pression, preuve physique de la violence avec laquelle ses pognes de bûcheron traitaient le bois.
  • Parmi les pièces vendues, la fameuse Gibson ES-5 Switchmaster de 1952 offerte par Claude Nobs (Montreux) et sa Gibson Les Paul Standard de 1991 favorite pour le Blues.

Chronologie d’une odyssée solitaire 

L’œuvre de Gary Moore fut une quête perpétuelle, un dialogue constant entre la vélocité et l’émotion. Sa discographie studio, riche et variée, témoigne de cette exploration sans concession.

La genèse et les années Rock (1973 – 1981)

  • 1970 : Skid – Avec Skid Row (Blues-Rock / Fusion)
  • 1973 : Grinding Stone (sous le nom Gary Moore Band) – Un mélange de rock progressif, de jazz-fusion et de blues expérimental.
  • 1978 : Back on the Streets – Le premier véritable album solo, marqué par l’inoubliable ballade « Parisienne Walkways ».
  • 1980 : G-Force – Le projet Hard Rock / Heavy américain, technique et nerveux.
  • 1981 : Live at the Marquee – Gary Moore Band – Un témoignage brûlant de l’énergie scénique de Gary dans les clubs londoniens.

L’apogée du Hard Rock & Heavy Metal (1982 – 1989)

  • 1982 : Corridors of Power – L’album qui installe Gary Moore comme une icône du hard rock mondial.
  • 1983 : Dirty Fingers – Un disque brut et agressif (enregistré en 1980), très apprécié des amateurs de heavy metal.
  • 1983 : Victims of the Future – Un classique des années 80, incluant la reprise poignante de « Empty Rooms ».
  • 1984 : We Want Moore! (Live) – Souvent considéré comme l’un des meilleurs albums live de hard rock de l’époque.
  • 1985 : Run for Cover – Un succès commercial majeur, porté par le duo avec Phil Lynott : « Out in the Fields ».
  • 1986 : Rockin’ Every Night – Live in Japan – Une démonstration de virtuosité pure devant le public nippon.
  • 1987 : Wild Frontier – L’album aux influences celtiques, dédié à la mémoire de Phil Lynott.
  • 1989 : After the War – Le dernier album de sa période « grosse production » rock avant le grand changement.

La révolution Blues (1990 – 1995)

  • 1990 : Still Got the Blues – L’album du virage historique, certifié multi-platine à travers le monde.
  • 1992 : After Hours – Une plongée plus profonde dans le blues, avec des sections de cuivres et des invités prestigieux.
  • 1993 : Blues Alive (Live) – Gary Moore prouve que son nouveau son blues est encore plus intense sur scène.
  • 1994 : Around the Next Dream (sous le nom BBM) – Un album exceptionnel en trio avec Jack Bruce et Ginger Baker (ex-Cream).
  • 1995 : Blues for Greeny – L’hommage vibrant à Peter Green, enregistré avec la mythique Gibson de 1959.

L’ère des expérimentations et du retour aux racines (1997 – 2008)

  • 1997 : Dark Days in Paradise – Une incursion surprenante vers un style plus pop-rock et moderne.
  • 1999 : A Different BeatGary s’essaie aux rythmes électro et au « big beat », un album qui divisa les fans à l’époque.
  • 2001 : Back to the Blues – Comme son nom l’indique, le retour aux amplis poussés et aux solos déchirants.
  • 2002 : Scars – Un projet de groupe plus brut, très influencé par Jimi Hendrix.
  • 2004 : Power of the Blues – Un album de blues-rock très lourd et saturé, sans compromis.
  • 2006 : Old New Ballads Blues – Une collection de ballades blues, entre reprises et nouvelles compositions.
  • 2007 : Close as You Get – Un blues très organique et authentique.
  • 2008 : Bad for You Baby – Le testament artistique de Gary Moore, son dernier album studio sorti de son vivant.

Sorties posthumes notables

  • 2011 : Live at Montreux 2010 – Son ultime concert filmé, capturant Gary quelques mois seulement avant sa disparition.
  • 2021 : How Blue Can You Get – Une compilation de titres studio inédits qui prouve que Gary Moore avait encore beaucoup à dire.

Le dernier rappel (Novembre 2025)

Pendant longtemps, certaines pièces sont restées dans l’ombre. La Stratocaster Rouge 1961, compagne fidèle de ses années les plus sauvages, a été conservée et jouée par son fils, Jack Moore. Mais en novembre 2025, lors de la vente aux enchères « The Final Encore » chez Bonhams, les derniers secrets ont été dispersés :

  • La Stratocaster Rouge a été vendue pour 254 400 £.
  • La célèbre « Stripe » a également trouvé un nouveau maître.
  • Une Gibson LesPaul prototype utilisée spécifiquement pour l’éternel rappel de “Parisienne Walkways” a elle-aussi été vendue.

Cette vente marque la fin de la transmission familiale pour entrer dans l’histoire globale. Les instruments de Gary ne sont plus des souvenirs de famille, ils sont des reliques du Rock.

L’adieu silencieux 

Jusqu’à son dernier souffle en 2011, Gary Moore n’a plus quitté le Delta qu’il avait redécouvert, creusant son sillon dans le Blues Rock, multipliant les albums sincères et les hommages à ses maîtres (notamment Blues for Greeny, dédié à Peter Green).

L’artiste nous a quittés le 6 février 2011, dans un hôtel à Estepona, en Espagne. Le rapport d’autopsie fut clair et brutal : il est décédé des suites d’une crise cardiaque, à l’âge de 58 ans. Ce fut une fin soudaine, en pleine nuit, marquant l’arrêt prématuré d’une carrière qui continuait à vibrer d’une passion intense. La cause de son décès, une défaillance cardiaque foudroyante, résonne ironiquement avec l’intensité qu’il mettait à jouer, comme si le cœur n’avait plus supporté l’électricité qu’il y injectait.

L’héritage de Gary Moore n’est pas seulement dans sa discographie pléthorique, mais dans le traitement de l’instrument. Il a prouvé que la saturation n’était pas l’ennemie de l’émotion. Il a enseigné à toute une génération de guitaristes – qu’ils viennent du Rock, du Metal ou du Blues – que le son le plus fort est aussi souvent le plus vulnérable.

Gary Moore est parti, mais son son demeure : celui d’un homme qui, ayant maîtrisé la foudre, a finalement choisi de ne jouer qu’avec le chagrin. Et c’est cette honnêteté brûlante qui, aujourd’hui encore, fait de chaque écoute une cicatrice vibrante.

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