Un homme, ça s’empêche.
C’est l’os, le mât de misaine,
L’aplomb du matelot qui n’attend rien de mieux.
C’est le geste rentré, les serrures polies,
Le poids du bon ton, là, devant tous les yeux.
Ça dresse une façade, ça tourne à l’exercice,
Une retenue sèche pour ne pas faire naufrage.
On travaille le rempart, on travaille le vice,
On veut laisser l’empreinte nette sur le rivage.
Un homme, ça s’empêche.
Mais la mer est sans mémoire et le vent s’en tamponne.
Et l’effort d’être juste, d’avoir été quelqu’un,
N’est qu’un simple ticket pour un train sans terminus.
Laisser un nom, c’est l’offre faite aux fantômes qui reviennent.
Le souvenir est une taxe, un mauvais placement,
Une insistance lourde, un bruit sans agrément.
C’est le dernier combat, c’est le pire des restes.
Un homme, ça s’oublie.
L’oubli, c’est la décence.
C’est la flamme sur les missives de trop,
Une bonne manière de boucler la dépense,
De ne pas exiger qu’on tienne le large
Pour une ombre fatiguée, une vieille sentence.
C’est ça la dignité, l’amnistie du rôle,
De n’être plus qu’un mot sur une simple stèle.
Laisser le temps filer sans chercher la parole,
C’est l’élégance offerte à ceux qui s’installent.
Ne pas être la réminiscence pénible des aimés. Jamais.
Un homme, ça s’oublie, oui. Et c’est là que l’on respire.

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