Le gamin, il a pas vingt ans
Mais il a déjà l’œil du marin
Celui qui voit la mer
Même quand il y a que le goudron.
Il se promène à Séné
Près de Vannes la jolie
Et il rêve de noir et de rouge
Pas des drapeaux, non
Mais de voiles et de coque
Du Sinagot.
Le Sinagot, c’est pas un nom de fête
C’est le nom des gens d’ici
Et c’est le nom de leur bateau
Un bateau à deux mâts
Deux mâts qui pointent le ciel
Avec des voiles au tiers
Rouges comme le vin des marins
Ou les joues des filles qui rient
Tannées au soleil, pas à l’eau de Cologne
Le gamin, il les aime ses voiles.
La coque elle est en chêne
Noire comme un secret de pirate
Enduite de coaltar
Pour que la mer ne la mange pas.
Et dans le Golfe du Morbihan
Il le voit voguer, le Sinagot
Entre Belle-Île, Houat, Hoëdic
Et puis la Baie de Quiberon
Pour la sardine qui brille
Et les crevettes qui sautent
Il est rapide, le Sinagot
Plus rapide qu’un mensonge d’amour
Et plus loyal qu’un chien de berger
Le gamin, il le sait
Quand il aura des cheveux blancs
Et des histoires plein les poches
Il s’achètera son Sinagot
Il l’appellera « Macushla”
… ou « Le redoutable »
Non, assurément « Stazal »
Et il mettra ses voiles rouges
Pour finir ses jours
Entre Séné et Quiberon
À draguer des huîtres pour le plaisir
Et à raconter des histoires de mer
Aux mouettes qui écoutent
Et aux nuages qui passent
Lentement…
Il ne voudra plus jamais
Poser pied à terre
Sauf pour un café brûlot
Et un sourire, peut-être.
La mer, la mer, toujours la mer.
L’’océan, quoi ! Dame, oui.
Le Sinagot et lui.
Jusqu’à la fin du voyage_

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