Il y a donc ce mec qui écoute
Une sorte de gardien des basses fréquences,
Accoudé à la brèche d’un sommeil qui manque
L’aiguille des heures patine sur le vide
Les choses graves ne s’écrivent pas
Sous l’œil benêt du soleil
Alors, il se cale. Trois heures trente-trois
Un chiffre qu’on retient comme une cicatrice,
L’heure exacte où la ville est un mensonge éteint
Le décibel, mur de l’émergent
Le frappe enfin sans les manières du jour
Trente-trois fois la même ritournelle
Il fait le ménage dans le bruit
Il cherche la poussière d’or, le faux-pas
Du nouveau dieu aux doigts d’argile
La répétition est un luxe d’insomniaque
Un genre de torture volontaire
« On n’écrit pas la chronique
Pour le prestige. Non.
On écrit pour le repos de la mélodie.
Pour qu’elle puisse se tenir droite
À l’heure où les autres lâchent les amarres.
On pose simplement l’hypothèse
De ce que l’oreille a pu entendre. »
Il écrit aussi pour les faire passer l’onde,
Pour qu’ils trouvent leur chemin
Jusque dans le radar des marchands de décibels
C’est son huitième art, l’art de la traversée
Que la plume soit un sésame de papier vers la foire
Sa plume est un bâton sec qui veut frapper juste
Un mot bien ajusté sur le mur de l’imprudence sonore
Et puis il repart, l’air de rien, dans son silence
Visage marqué toujours entre deux silences
L’urgence est un muscle qui s’atrophie
Mais l’élégance, elle, veut se tenir. Impeccable
Même quand le jour n’est plus une promesse
Il aura juste constaté le vent
Rien de plus. Rien de moins_

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